Polliat

Commémoration du 8 mai 2018

Deux journées pour un même objectif : la paix

Depuis les années 1920, chaque village de France se rassemble à dates fixes autour de son monument aux morts. A l’origine, c’était évidemment une fois l’an seulement, chaque 11 novembre près d’une stèle érigée pour marquer dans l’espace public et de façon indélébile ce qu’avait été cette terrible déflagration de la 1ère guerre mondiale. Et chacun à l’époque de considérer que cette guerre-là devait être la « der des der », tellement elle fut meurtrière…

Depuis un siècle hélas, l’histoire tragique de notre pays et du continent nous a conduits à multiplier par 3 les occasions de rendre hommage aux combattants et victimes des guerres du XXème siècle.

L’année des commémorations commence chaque 19 mars, par «la journée nationale du souvenir et de recueillement à la mémoire des victimes civiles et militaires de la guerre en Algérie et des combats en Tunisie et au Maroc » organisée par la FNACA.

Elle se poursuit en avril, par la journée nationale de souvenir des victimes de la déportation qui donne lieu, pour ce qui nous concerne, à une cérémonie organisée à tour de rôle dans l’une des communes de l’ancien canton de Viriat

Et depuis 73 ans maintenant, chaque 8 mai, toutes les générations se rassemblent pour commémorer la victoire des alliés sur l'Allemagne nazie et la fin de la Seconde Guerre mondiale en Europe. En mai 1945, ce n’est pas une armistice qui fut signée mais une capitulation sans condition du Troisième Reich qui mit fin aux combats sur le théâtre des opérations en Europe. Lesquels combats ne s’achèveront définitivement en Asie et dans le Pacifique que le 2septembre1945 par la capitulation également sans condition de l'Empire du Japon.

La Seconde Guerre mondiale a constitué le conflit armé le plus dévastateur que l’humanité ait connu, mobilisant plus de 100 millions de combattants de 61 nations, déployant les hostilités sur quelque 22 millions de km2[], et tuant environ 62 millions de personnes, dont une majorité de civils. N’opposant pas seulement des nations, la Seconde Guerre mondiale fut aussi la plus grande guerre idéologique de l’Histoire, ce qui explique que les forces de collaboration en Europe et en Asie occupées aient pu être solidaires de pays envahisseurs ou ennemis, ou qu’une résistance ait pu exister jusqu’en plein cœur de l’Allemagne nazie en guerre. Guerre totale, elle gomma presque totalement la séparation entre espaces civils et militaires et vit, dans les deux camps, la mobilisation poussée non seulement des ressources matérielles – économiques et scientifiques – mais aussi morales et politiques, dans un engagement des sociétés tout entières.

Nous sommes là bien sûr pour honorer la mémoire de celles et ceux de chez nous qui, d’une façon ou d’une autre, dans les combats des années 1939-1940, ou dans ceux de la Résistance, se sont engagés pour libérer notre pays du joug de l’occupant et de l’idéologie nazie. Mais comme le souligne Mme la Secrétaire d’Etat auprès du ministre des armées dans son message officiel, « nous sommes également rassemblés pour exprimer notre indéfectible gratitude à nos alliés. Venus du Royaume-Uni et du Commonwealth, des Etats-Unis, d’Union soviétique et de tant d’autres nations d’Europe et du monde, nous n’oublions pas les sacrifices qu’ils ont consentis. » Et la ministre de poursuivre : « La victoire des nations alliées, le 8 mai 1945, a consacré la victoire de la démocratie, des valeurs universelles et de la dignité de l’Homme. L’idéologie criminelle et raciste était vaincue… » affirme encore Mme Geneviève Darrieussecq. On aimerait tellement qu’elle ait définitivement raison.

Nous savons hélas qu’il n’en est malheureusement rien. L’actualité nous démontre tragiquement chaque jour que la haine, l’idéologie criminelle et raciste sont toujours à l’œuvre même si elles ont pris des visages nouveaux !

« Manifester notre fidélité à nos héros d’hier » pour reprendre encore une expression de la ministre, est évidemment nécessaire. A condition que nous nous appuyions sur cette mémoire et cette reconnaissance pour lutter aujourd’hui et demain contre les démons qui divisent et tuent quasiment chaque jour.

C’est en cela que notre présence aujourd’hui, comme chaque 19 mars ou 11 novembre est importante : entretenir la flamme de la vigilance pour nous-mêmes et pour les générations à venir ou encore trop dans la fleur de l’âge pour en saisir le sens profond !

Je n’oublie pas de souligner que demain, lendemain du 8 mai, c’est le 9 comme le dirait M. de Lapalisse ! Et le 9 mai de chaque année, c’est la journée de l’Europe. Ce n’est pas dû à un hasard du calendrier. Les Pères fondateurs de l’Union européenne étaient bien placés pour savoir que ce sont les tragédies de la seconde guerre mondiale qui ont semé dans les cœurs meurtris l’ardente obligation de construire la paix avec les pays autrefois en guerre.

Cette date du 9 mai a été choisie en souvenir de la déclaration du Ministre des Affaires étrangères français de l’époque Robert Schuman qui proposa le 9 mai 1950 aux pays européens qui s'étaient combattus en 1914-18 et en 1939-45 de gérer en commun leurs ressources de charbon et d'acier dans une organisation ouverte aux autres pays d'Europe qui le souhaiteraient. Cette proposition, connue sous le nom de "déclaration Schuman", est considérée comme l'acte de naissance de l'Union européenne. Et chacun d’entre nous de se souvenir que ce même Robert Schuman s’était réfugié quelques années plus tôt, de 1943 à 1945, à quelques kilomètres d’ici, à Beaupont, précisément dans le hameau de Bevey.

8 mai : commémoration de la capitulation nazie. 9 mai : journée de l’Europe. Les deux dates sont liées et les deux messages implicites de ces deux journées mériteraient d’être mieux soulignés. Parce que si notre territoire national n’a plus connu de conflit depuis 73 ans, c’est parce que nos ainés, anéantis par deux guerres mondiales successives, se sont donnés les moyens de lutter contre les risques d’un toujours possible resurgissement assassin. Et les moyens qu’ils se sont donnés et qu’ils nous ont laissés en héritage, s’appellent l’Europe. Ne l’oublions jamais !

 

Bernard Bienvenu

 

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